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"Une école qui ouvre, c'est une prison qui ferme" (cycle 4)

 

Un projet pluridisciplinaire :" Une école qui ouvre, c'est une prison qui ferme" 

 

Vacataire depuis 1999 à la prison de Loos, puis de Sequedin, et enseignante au collège depuis 26 ans, Mme Boulanger relate ici un projet pluridisciplinaire, fruit de cette double expérience professionnelle.

 

 

1. Objectifs pédagogiques

Ce projet participe à la mise en oeuvre de différents dispositifs (B2i, parcours Avenir, PEAC...) et enseignements, notamment à celui de l'enseignement moral et civique. Il permet plus précisément :

  • d'aborder des objets d'enseignement au programme en dépassant l’abstraction des thèmes de liberté, justice et de sûreté ;

  • de faire comprendre le sens et la nécessité de la Loi ;
  • de mettre en actes les libertés de penser, de s’exprimer d’écrire et d’échanger, permettre d’en comprendre leurs limites et de les accepter ;
  • de faire mieux connaître la prison en France ;
  • de mener une réflexion sur celle-ci et de faire évoluer les représentations, souvent pleine de préjugés ;
  • de découvrir les inégalités sociales à travers le monde carcéral ;
  • de découvrir que l’école existe aussi en prison et d'en comprendre les enjeux pour la population pénale (lutte contre l’illettrisme, réinsertion, revalorisation personnelle…).
  • de participer à la formation morale et citoyenneté en éveillant à l'altérité, par la confrontation et découverte de l’Autre ;
  • de créer des liens entre les différentes disciplines à travers certains thèmes transversaux : l'affaire Calas, les philosophes des Lumières, l'affaire Dreyfus, Vidocq, Victor Hugo... ;

 

2. Descriptif et déroulement du projet

Depuis 1995, des conventions ()signées par les ministères de la Justice et de l'Education nationale définissent les modalités du partenariat. De nombreuses passerelles ont donc déjà été mises en place. Le projet s’inscrit dans cette logique. Il conduit les élèves à correspondre anonymement avec quelques détenus scolarisés de la prison de Sequedin. Il articule le travail en classe et la rencontre d'acteurs et de partenaires.

Le projet a articulé plusieurs phases. En résumé, on peut distinguer :

 

1. Une découverte du monde de la justice et de la force publique.

  • une visite au tribunal  de grande instance de Douai, accompagnée d'un dossier afin de placer les élèves en position d'écoute active et leur permettre, de retour à la maison, de mettre en ordre les notes prises
  • une rencontre avec des acteurs de la justice (avocat, procureur, juge d’application des peines…) : une première heure a permis au juge sollicité de présenter son métier et de répondre aux questions des élèves ; la seconde heure a pris la forme d'un jeu de rôles
  • une intervention de la gendarmerie (Brigade de Prévention de la Délinquance Juvénile de Valenciennes) sur le thème de la justice et les mineurs

 

2. Une découverte du monde carcéral.

  • la projection de deux films sur l'état des prison en France ("galères de femmes" et "images clandestines de la prison de Fleury-Mérogis) et la rencontre avec le personnel de direction de la prison de Sequedin ont permis de travailler sur la complexité de la réalité des prisons ;
  • l'intervention d'un éducateur du SPIP (service pénitentiaire d'insertion et de probation) et, dans la mesure du possible, l'intervention d'un éducateur PJJ (protection judiciaire de la jeunesse)
  • l'intervention du responsable local de l’enseignement à la prison de Sequedin et des responsables de l'administration pénitentiaire.

 

3. La correspondance.

  • La mise en place d’une correspondance entre la classe de 4ème du collège de Thumeries et certains détenus scolarisés de la maison d’arrêt de Sequedin
  • A la suite d'une découverte d'oeuvres célèbres, les détenues ont exprimé dans des lettres adressées aux élèves leurs sentiments à l'égard de l'art, ouvrant la voie à une réflexion des élèves et à un travail en salle multimédia sur le thème des représentations de l'enfermement dans l'art.

 

4. Les productions des élèves.

  • La réalisation d’une exposition au collège de Thumeries sur « l’incarcération, indicateur de la réalité démocratique d’un pays »
  • La réalisation, par les élèves, d’une brochure sur le projet de l’année
  • La réalisation d'un petit site internet permettant de relayer les travaux réalisés en cours d'année.

 

Tout au long de l'année, les élèves ont ainsi enrichi un petit répertoire dans lequel, sous forme de schémas, chaque mot est associé à des notions, des images, des lois et des exemples concrets.

 

Ce projet repose sur une logique interdisciplinaire. Il a articulé les réflexions et activités menées :

  • en histoire-géographie et enseignement moral et civique : sur les grands thèmes du programme de 4° : sûreté, liberté, justice, l'affaire Calas, les philosophes des Lumières et l'engagement de Cesare Beccaria, l'affaire Dreyfus, Vidocq, Victor Hugo...
  • en arts plastiques : travail sur un thème d'études d'Histoire des arts sur l'enfermement.
  • en documentation : réaliser des recherches documentaires, acquérir une méthodologie de travail, travailler sur l'orientation à travers la découverte des métiers de la justice et de la sûreté, préparer l'exposition de fin d'année, acquérir les compétences informatiques nécessaires au bon déroulement des différents travaux cités, réaliser un site internet miroir des travaux, exposés, comptes rendus (...) réalisés tout au long de l'année.
  • en lettres : mettre en pratique l'étude de la correspondance et de la littérature épistolaire. Découvrir le thème de la critique de la justice dans la littérature du XVIIème au XIXème siècle (La Fontaine, Rousseau, Voltaire, Hugo,Zola....)
  • en musique : la chanson qui évoque la liberté et l'incarcération, thème repris pour le spectacle de la chorale de fin d'année

Remarque : dans le quartier scolaire de la prison de Sequedin, le travail a été mené avec les collègues professeure des écoles et de français spécialisées.

 

Les élèves ont préparé des exposés sur les conditions d'incarcération actuelles en France (la maternité, le quotidien, la violence ou le travail en prison par exemple). Une brochure a rassemblé les différents travaux. Une exposition au collège a couronné l'ensemble de la démarche.

Des ouvertures sont possibles : on peut penser à un travail sur le territoire des prisons (prison de proximité ou éloignement stratégique ?), une approche architecturale de la maison pénitentiaire...

 

 

3. Précautions à prendre en ce qui concerne la correspondance avec les détenus

 

Aux vues des spécificités de ce projet pédagogique, il a évidemment été nécessaire de s'entourer de toutes les précautions et d'obtenir les autorisations nécessaires.

En conséquence, ont été sollicités l'accord :

  • du principal du collège
  • du conseil d'Administration du collège, et donc des parents élus y siégeant (a qui le projet peut ainsi être présenté)
  • du directeur du centre pénitentiaire Lille Sequedin.
  • du proviseur de l’unité pédagogique interrégionale de l’administration pénitentiaire.
  • du responsable local d’enseignement de la structure du Centre pénitentiaire.
  • de l'inspecteur pédagogique régional.

 

L'impératif de sécurité des élèves comme le respect dû aux détenus ont par ailleurs conduit à l'édiction des règles suivantes. Il s'est notamment agi de :

  • bannir tout voyeurisme
  • veiller à l’anonymat des élèves et des détenus : les élèves ont dû écrire sous un pseudonyme et ne donner aucune indication pouvant les identifier (le même modus operandi étant respecté pour le correspondant détenu).
  • effectuer une double lecture du courrier écrit au collège avant de le remettre à l'administration pénitentiaire où une nouvelle censure peut être imposée.
  • imposer aux élèves détenus un secret total quant aux motifs et à la durée de l’incarcération.
  • veiller à ce que les questions posées par les élèves ciblent les aspects de la vie quotidienne en prison, les réactions face à l’enfermement, l’intérêt de l’école en prison, la réinsertion, le regard sur la justice (loin des médias)...
  • veiller à ce que les lettres des détenus retenues apportent un témoignage, une réflexion, parfois une introspection...

 

Ce travail peut aider les élèves (collégiens et détenus) à se construire ou pour certains à se reconstruire en favorisant une réflexion sur leur identité, leur devenir social et leur histoire personnelle, scolaire et professionnelle.

 

 

4. Ressources indicatives : bibliographie et adresses utiles.

 

  • —Michel Foucault « Surveiller et punir » Gallimard
  • —Philippe Combessie « de la prison » Editions la Découverte 2009
  • —Paroles de détenus collection Librio
  • —Le nouveau guide du prisonnier  Observatoire international des prisons les éditions de l’atelier
  • —Prisons, permanence d’un débat:dossier  / LAMEYRE Xavier, SALAS Denis - Problèmes politiques et sociaux N°902 – La documentation française, juillet 2004.