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La laïcité : principes et enjeux (3ème)

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La notion de laïcité au cœur du programme d'EMC de collège, et particulièrement du programme retenu pour le DNB 2016. De façon significative, l'inscription la plus claire du principe de laïcité le situe dans la "culture du jugement" : il s'agira de montrer que la laïcité permet de "penser par soi-même, penser avec les autres". 

► Diaporama associé 

 

 

 

 

I. Une séquence portant sur la laïcité en classe de Troisième

OBJECTIFS :

  • Articuler valeurs, savoirs, et mise en pratique de la laïcité.

  • Faire éprouver, permettre une appropriation libre et éclairée de la laïcité.

  • Ne pas présenter la laïcité comme un principe d'interdiction, mais bien comme une garantie des droits des citoyens et des élèves.

  • Mobiliser les acquis antérieurs des élèves.

 

⇒ La démarche choisie ici est celle d'une mise en situation (ou tâche complexe).

 

DÉROULÉ :

1. Présentation de la situation proposée

«Vous êtes principal du collège X. Mr Y, un jeune assistant d'anglais, vous soumet un projet : il propose de donner à ses élèves des cours d'histoire des Etats-Unis en anglais dans le cadre d'un projet interdisciplinaire. Lors d'un voyage, il a trouvé un manuel dont le niveau de langue lui parait accessible. Il joint à sa demande un extrait (qu'il a pris la précaution de traduire en français), et vous demande de bien vouloir en acheter 25 exemplaires pour pouvoir l'utiliser en classe. Vous devez rédiger un courrier qui propose une réponse argumentée à sa demande, qu'elle soit positive ou négative.»

 

L’extrait du manuel proposé par le professeur

« Résumé de la leçon :

Les Etats-Unis ont toujours condamné les nombreuses atteintes aux droits de l'homme commises par le régime soviétique, et notamment l'interdiction des pratiques religieuses. Dans les années 1930, la majorité des membres du clergé ont été déportés au Goulag ou exécutés, ainsi qu'un grand nombre de fidèles. Les lieux de culte sont pour la plupart fermés, et les écoles donnent une éducation entièrement antireligieuse dès la plus tendre enfance. Les effets de cette politique sur le long terme sont considérables, puisque la majorité des jeunes soviétiques sont athées. Aveuglés par la propagande, ils mettent en péril le salut de leur âme en refusant de suivre le chemin de Dieu. Cette politique est ainsi le crime le plus grave de Staline et de ses héritiers. »

Extrait (fictif) d’un manuel (fictif) qu’on pourrait appeler The United States, leader of the free world, et dater de 1951.

 

Note : l'extrait proposé ci-dessus est totalement fictif, et inimaginable aujourd'hui en France comme aux Etats-Unis. Il est toutefois plus envisageable dans le contexte de 1951 (dans le cadre de la Guerre Froide, moment de développement d'une forme de religion civile en réaction à l'athéisme soviétique, apogée du maccarthysme. Le processus de sécularisation de l'enseignement public commence aux Etats-Unis en 1952). On prendra toutefois la précaution de bien expliquer aux élèves qu'il ne s'agit pas d'un véritable manuel scolaire, mais d'un outil destiné à alimenter leur réflexion.

 

 

2. Temps de réflexion et d'échanges argumentés sur la situation proposée

Après un temps d'échanges par groupe, une mise en commun doit permettre la mise en évidence du caractère partial de l'extrait proposé. Elle permettra de rappeler la différence entre un savoir et une croyance, et de conclure que l'école ne peut imposer une telle vision à ces élèves, au nom de la liberté de conscience de chacun et du principe d'égalité de tous les élèves, quelles que soient leurs convictions.

Pour accompagner la réflexion, on peut proposer quelques documents (cf diaporama) qui peuvent intervenir en amont (au moment de la présentation de la situation), pendant les échanges par groupe (pour trancher un désaccord, pour répondre à une question…) ou au moment de la mise en commun avec la classe (pour appuyer les remarques des élèves sur des textes de référence) :

  • Un extrait de la Constitution de la Cinquième République : idée que la République respecte toutes les croyances ;

  • Un extrait du Code de l'éducation : idée que l'école doit être indépendante de toute emprise politique ou religieuse ;

  • Un extrait de Pour une pédagogie de la laïcité d'Abdennour Bidar : idée que l'impartialité de l'école est une garantie de la formation intellectuelle de l'élève ;

  • Un extrait de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen et un texte sur les limites de la liberté d'expression : idée que la vente de ce livre est parfaitement licite, chacun étant libre de partager son point de vue : seule sa présence dans l'école en tant que manuel scolaire pose problème ;

  • Un extrait tout aussi fictif d'un manuel soviétique de la même période, et tout aussi inapproprié en classe : idée qu'il ne faut pas confondre neutralité et athéisme : l'école ne peut promouvoir aucune option spirituelle.

 

 

3. Rédaction du courrier et formulation d'une définition de la laïcité

Par groupe, les élèves sont invités à rédiger le courrier de refus du principal du collège X. Pour cela, ils ont à leur disposition la Charte de la laïcité qui fait référence. Ils y sélectionnent les articles utiles pour leur projet (art. 3, 6, 11…), les reformulent, choisissent les mots clés et les utilisent pour rédiger leur courrier.

Après confrontation des courriers, la classe peut repérer des invariants qui permettent de formuler une définition de la laïcité reposant sur les éléments suivants :

  • Des objectifs : liberté de conscience, égalité des citoyens ;

  • Des moyens : neutralité de l'Etat et de ses représentants, séparation des religions et de l'Etat.

 

 

4. Nouveau temps de réflexion et d'échanges argumentés sur la question de la neutralité de l'élève

Après ce temps de formalisation de la définition, on peut partir du constat suivant : pour être laïque, l'enseignement dispensé à l'école doit être neutre (non dans le sens de l'abstention, mais dans le sens où il repose sur des savoirs objectifs et impartiaux, indépendant des convictions particulières). Dans quelle mesure cette obligation doit-elle s'étendre aux élèves ?

Pour alimenter la réflexion par groupe, on mettra à disposition la Charte de la laïcité et un extrait de la circulaire d'application de la loi du 15 mars 2004 (cf diaporama). Après ce moment d'échanges, une mise en commun doit permettre la mise en évidence des idées suivantes :

  • L'école laïque permet l'expression des convictions religieuses (par des signes religieux discrets, par une parole respectueuse du pluralisme) ;

  • L'école laïque ne permet pas les pressions religieuses (le prosélytisme, l'affichage ostensible, le refus de certains enseignements).

⇒ La laïcité permet donc de créer les conditions du vivre-ensemble dans le respect réciproque. Elle distingue ce qui relève des convictions personnelles et des savoirs objectifs universels. On soulignera de nouveau la spécificité du cadre scolaire : il s'agit de permettre à chaque élève d'accéder au savoir et de construire sa propre identité en dehors de toute pression. Notons que les signes religieux ne sont pas interdits dans la rue, ni même à l'université.

 

II. La construction progressive de la notion de laïcité, dans une perspective curriculaire

 

La définition de la laïcité ainsi construite en classe de Troisième repose sur des acquis antérieurs qu'il nous faut mobiliser. Comment construire ces acquis dans le cadre du nouveau programme d'EMC ? Les propositions suivantes font le choix d'articuler l'approche de cette notion au programme d'histoire des différents niveaux des cycles 3 (pour la classe de sixième) et 4.

 

1. Aborder la laïcité en classe de Sixième

En histoire, le programme invite à se pencher sur la notion de religion : étude croisée de faits religieux replacés dans leurs contextes culturels et géopolitiques.

En EMC, on peut travailler sur :

  • Vivre ensemble au collège, respect de la diversité des croyances et des religions.

  • La notion de liberté : comment la Charte de la laïcité garantit-elle la liberté de conscience des élèves ? Choix des articles, explicitation des principes.

⇒ Première approche de la notion de laïcité : égale considération des différentes convictions (croire, ne pas croire).

 

2. Aborder la laïcité en classe de Cinquième

En histoire, le programme invite à se pencher sur l'étroite relation qui existe au Moyen-âge entre pouvoirs politiques et religieux.

En EMC, on peut travailler sur :

  • La notion d'égalité : comment la Charte de la laïcité garantit-elle l'égalité entre les différentes convictions ? Choix des articles, explicitation des principes.

⇒ Poursuite de l'approche de la notion de laïcité : égale considération des différentes convictions, garantie par la neutralité de l'Etat et sa séparation d'avec les religions.

 

3. Aborder la laïcité en classe de Quatrième

En histoire, le programme invite à mettre en évidence la mise à distance d'une vision religieuse du monde suite aux progrès de la science, et son impact sur le regard porté sur le citoyen et sur l'Etat. On porte une attention particulière à la construction d'une culture républicaine laïque sous la Troisième République.

En EMC, on peut travailler sur :

  • La notion de citoyenneté : comment la Charte de la laïcité garantit-elle la formation du jugement autonome des futurs citoyens ? Choix des articles, explicitation des principes.

⇒ Poursuite de l'approche de la notion de laïcité : égale considération des différentes convictions spirituelles, garantie par la neutralité de l'Etat et sa séparation d'avec les religions. La neutralité de l'école permet la formation du jugement autonome de l'élève, futur citoyen.

On peut commencer la réalisation d'une frise chronologique présentant les grandes étapes de l'affirmation du principe de laïcité en France (cf diaporama), qui peut être achevée en classe de Troisième.

 

Conclusion :
  • Une construction progressive de la notion de laïcité, dont la définition s'étoffe d'année en année. On peut imaginer la réalisation d'une fiche (trace écrite + frise chronologique) qui suivrait l'élève de la classe de Sixième à la classe de Troisième.

  • Une démarche qui cherche à faire connaître le principe, mais aussi à amener l'élève à comprendre que la laïcité est une garantie de ses droits bien plus qu'un principe d'interdiction.

  • Une utilisation régulière de la Charte de la laïcité comme outil de référence, à l'articulation des savoirs, des valeurs et des pratiques

 

► Lien vers le diaporama associé