Aller au contenu. | Aller à la navigation


Outils personnels

This is SunRain Plone Theme
Vous êtes ici : Accueil / Enseigner / Propositions de séquences / En collège / L'enjeu des migrations internationales (cycle 4)

L'enjeu des migrations internationales (cycle 4)

 

Le choix d'une question d'actualité mettant en jeu des choix moraux : les migrants

 

L’actualité de l’été et de l’automne 2015 a mis sur le devant de la scène la question des migrants : multiplication des naufrages en mer méditerranée, augmentation du nombre de demandeurs d’asile, « jungle » de Calais, débats à l’échelle européenne sur la répartition des demandeurs d’asile…
Cette situation met en jeu des choix moraux, politiques, juridiques et économique : solidarité avec des personnes en détresse ou priorité accordée à la surveillance des frontières ? Elle permet aussi d’évoquer et de discuter d’un certain nombre de préjugés et de comprendre la façon dont une société élabore des règles communes.

Cette question concerne un grand nombre de collégiens de l’Académie dans leur quotidien et peut s’avérer une porte d’entrée pour introduire ou traiter différents chapitres de l’EMC au cours du cycle 4.

Comme pour d’autres sujets, traiter de la question des migrants en classe, permet d’aborder les quatre dimensions des programmes (sensibilité, le droit et la règle, le jugement et l’engagement).

 

 

Objectifs civiques et moraux

 

"La culture morale et civique comporte quatre dimensions, liées entre elles : une dimension sensible, une dimension normative, une dimension cognitive et une dimension pratique " (BO n°6 du 25 juin 2015)

  • La culture de la sensibilité : On peut ici travailler sur le langage et apprendre à nommer les sentiments ressentis à la lecture d'un extrait de roman ou au visionnage d'un reportage télévisé : indignation, empathie, compassion, inquiétude, indifférence… On abordera aussi les expressions littéraires et artistiques de l'aspiration à la liberté, les préjugés, l'engagement en faveur de la solidarité.

  • La culture de la règle et du droit : On pourra ici aborder les valeurs qui fondent le droit, distinguer les catégories juridiques (sans papier, clandestin, demandeur d'asile, réfugié…), l'articulation entre droit national / européen / international, les procédures de décision au niveau européen.

  • La culture du jugement : La question de l'attitude des sociétés démocratiques vis-à-vis des migrants permet de confronter des points de vue, de réfléchir aux critères de validité des jugements moraux, de différencier intérêt particulier et intérêt général.

  • La culture de l'engagement : On peut envisager ici travaux de groupe et organisation de débats. Plus généralement, on abordera les formes de l'engagement solidaire (associations d'aide au migrants, projets de développement...

⇒ Les situations choisies permettent d'articuler savoirs, valeurs et pratiques.

 

Une dimension interdisciplinaire.

 

  • Des thèmes communs abordés dans plusieurs disciplines :

- En Français le programme invite à aborder les thèmes "individu et société : confrontations de valeurs?", "la fiction pour interroger le réel" et "informer, s'informer, déformer ?". Le thème de la migration est très présent dans le roman (ex : Eldorado de Laurent Gaudé), la poésie et le cinéma (de l'émigrant de Chaplin à Samba de Toledano). On peut aussi réfléchir au rôle des médias dans le regard porté sur les migrants, en comparant par exemple deux extraits de reportage.

- En Géographie le programme invite à aborder le thème "les mobilités humaines internationales", et notamment "les flux migratoires et les frontières". On pourra travailler sur les itinéraires migratoires, les causes des départs et les conséquences pour les pays de départ et d'accueil.

 

  • Des compétences communes à construire :

 

- Capacité à réaliser des projets communs,

- Raisonner de manière critique,

- Analyser avec rigueur et méthode le contexte et les présupposés d'un discours,

- Construire son propos de manière à convaincre et à persuader, le fonder sur des arguments rigoureux et articulés,

- Tenir compte des arguments d'autrui, adresser et adapter son propos à son interlocuteur,

- Rechercher, trier et hiérarchiser l'information,

- Ecrire de manière correcte, parler en public avec aisance, utiliser différents médias et supports de manière efficace,

- Développer des compétences d'appréciation : élaborer des critères d'analyse, d'appréciation et de jugement…

 

 

Modalités et déroulement

 

Il existe bien sûr plusieurs utilisations possibles d'une situation tirée de l'actualité. Quelques exemples peuvent être proposés.

 


En classe de 5ème : Égalité des droits, lutte contre les discriminations et préjugés.

Les regards portés sur les migrants, parfois victimes de préjugés, peuvent être un support d'étude intéressant dans le cadre de l'EMC.

 

  • Objectifs :

 

- Comprendre ce que sont les préjugés, les représentations et comment ils se construisent.

- Comprendre que les préjugés peuvent conduire à des discriminations.

- Permettre aux élèves grâce à un débat argumenté de remettre en cause des jugements initiaux.

- Comprendre le rôle du Défenseur des droits

 

  • Démarche :

- L'étude de deux textes permettent de découvrir avec les élèves le quotidien des migrants. 

- Le 1er, extrait du livret réalisé par Amnesty International « Répondre facilement à 10 préjugés sur la migration » ()

- Le 2ème, extrait de l’émission Mots croisés "Migrants à Calais, l’impasse ?"   ()

Cette découverte peut être guidée par un questionnement ou menée sous forme dialoguée. Il s'agit d'interroger la dignité humaine perceptible dans les motivations, les parcours, les valeurs des migrants ainsi que les représentations qui s'expriment parfois à leur encontre. Ces préjugés sont à mettre en parallèle avec les articles 1 et 2.1 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

Art 1er - Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

Art. 2.1 – Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion.

 

- La confrontation des idéaux exprimés par la Déclaration des droits et de certains préjugés invite à réfléchir à la genèse de ces derniers. Un dessin et le texte qui l’accompagne peuvent alimenter la réflexion et la parole des élèves (► article du 27 mars 2015 "Sans papiers, sans clichés (ou comment écrire de manière éthique sur les migrants)" sur le site caféBabel).

- Il est ensuite possible, avec les élèves, d'engager une discussion sur les discriminations.

- Ce travail permet en outre d'introduire une étude du rôle du défenseur des droits, un court extrait du journal Libération du 21 octobre 2015 pouvant être ici un support intéressant.

 

 

En classe de 4ème : Une étude de cas pour introduire les grands principes de la justice : « des passeurs aux mains de la justice ».

  • Objectifs :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

- Faire comprendre les grands principes de la justice : droit à un procès équitable ; identifier les différents acteurs du monde judiciaire.

- Mobiliser les acquis des élèves (cours d’histoire de quatrième portant sur « Les Lumières »).

- Réaliser une tâche complexe : rédigez un texte de quelques lignes sur les dilemmes auxquels doivent faire face les juges et sur l’importance du débat contradictoire pour qu’un procès soit équitable.

 

  • Démarche :

- Etude deux documents :

- un reportage de France info (22 juin 2015) portant sur le démantèlement d’une filière de passeurs : faire comprendre le rôle de la police aux frontières, la nécessité d’accumuler des preuves contre ceux qui ne respectent pas la loi, faire la distinction entre migrants et passeurs, le migrant vu comme victime.

-un article de Libération du 29 octobre 2014 : « Prison ferme pour des passeurs de migrants à Calais ». Compréhension du procès ; du vocabulaire de la justice (lieu de juridiction, le rôle du procureur, des juges, de la défense, les victimes, les accusés, les peines) ; le débat contradictoire ; procès équitable.

Les peines, de dix mois à six ans de prison ferme, ont suivi les réquisitions du procureur, qui souhaitait adresser un message aux réseaux d'immigration clandestine. Le procès a permis de se pencher sur les us et coutumes de ce milieu opaque.
Neuf passeurs ont écopé de dix mois à six ans de prison ferme à l’issue d’un procès tenu mardi  Boulogne-sur-Mer qui a permis de jeter un éclairage sur les pratiques de ce type de réseaux auprès des migrants de Calais. Les huit Egyptiens et le Tunisien jugés, qui proposaient aux migrants de les faire entrer clandestinement en Angleterre, se sont également vus infliger des sanctions d’interdiction du territoire français (ITF), sauf pour l’un d’entre eux qui a un enfant en France.

Les juges du tribunal correctionnel ont globalement suivi les réquisitions du procureur de la République qui avait demandé «d’adresser un message aux réseaux d’immigration clandestine pour qu’ils ne continuent pas impunément de gagner énormément d’argent sur la détresse des migrants». Il avait fallu près de huit mois d’enquête (écoutes téléphoniques, filatures...) à la police des frontières entre avril et décembre 2013 pour démanteler ce réseau.

Le tribunal correctionnel s’est penché des heures durant sur les us et coutumes de ce milieu opaque, où les rôles et les identités de chacun sont tus. Arrivés à Calais après un long périple, les migrants sont approchés par ces passeurs qui sont en rapport, eux, avec la tête du réseau en Angleterre. Deux options s’offrent aux clandestins : «un passage classique (caché dans un camion, ndlr), dont les tarifs vont de 400 euros à 1 000 euros, ou alors un "passage garanti", principalement dans le coffre d’une voiture, avec un tiers complice, qui peut coûter jusqu’à 5 000 euros», a expliqué Me Stéphane Duchateau, un des avocats des prévenus. […]

A l’audience, il est apparu également que les passeurs pouvaient effectuer d’importants virements bancaires, parfois de l’ordre de 10 000 euros. «Les enquêteurs ont intercepté un appel où vous avertissez votre mère de l’envoi d’une importante somme d’argent pour l’achat d’un appartement en Egypte», questionne le président du jury. Après la traduction en arabe, le prévenu concerné est resté muet. Certains prévenus paradaient sur les réseaux sociaux avec l’argent du trafic. «Vous êtes beaux sur Facebook avec vos liasses de billets dans les mains», leur lance le président du tribunal, Maurice Marlière.

«Comme en matière de stupéfiants, on sait que ce sont souvent les petites et moyennes mains qui sont arrêtées - même si elles gagnent beaucoup d’argent - et qu’il est difficile de trouver les têtes des réseaux», a souligné Me Thierry Normand, défenseur de l’un des passeurs.

Libération du 29 octobre 2014 : « Prison ferme pour des passeurs de migrants à Calais »

Un questionnement permet d'accompagner la lecture de l'article. On peut par exemple s'intéresser :

1°) au rôle des passeurs,

2°) à la façon dont le réseau a été démantelé, aux acteurs et au temps qu'il a fallu pour y parvenir,

3°) aux modalités du procès, de façon à identifier ses acteurs et leur rôle,

4°) au déroulé du procès et au sens des procédures et des peines prononcées...

 

 

 

L'étude de cette situation est suivie d'une mise en perspective sur la justice en France.

 

 

En classe de 3ème :  La liberté de presse, une liberté essentielle pour la formation de l’opinion du citoyen - « Les migrants vus par la presse ».

 

  • Objectifs :

 

- Mobiliser les acquis des élèves  (classe de 4ème, les libertés fondamentales, liberté d’opinion, d’expression, de presse).

- Faire comprendre les enjeux de la liberté de la presse (influence de la presse dans la formation de l’opinion du citoyen, nécessité d’une presse pluraliste pour le bon fonctionnement de la démocratie, et le respect des libertés fondamentales).

- Travailler plusieurs compétences du socle commun : confronter différentes sources et s’interroger sur leur crédibilité ; s’intéresser à la presse écrite et visuelle et en connaître les principaux codes ; savoir distinguer ce qui relève de l’objectif et du subjectif ; identifier les grandes problématiques mondiales.

- Réaliser une tâche complexe : rédiger un texte montrant les différents points de vue exprimés par les journalistes sur un sujet (ici les migrants), expliquer comment ceux-ci peuvent nous influencer et par conséquent pourquoi un Etat démocratique a besoin d’une presse pluraliste.

 

  • Démarche :

- Un travail préparatoire à partir du blog de Zep hébergé sur le site du journal  Le Monde (Article « Mi petit, mi grand… ») permet de rappeler  le contexte (guerre en Syrie), de comprendre pour quelles raisons des hommes, des femmes, des enfants quittent leur pays et les difficultés auxquelles ils se trouvent confrontés. Cela invite aussi à questionner le but recherché par Zep.

- En classe : il est intéressant de travailler sur plusieurs couvertures de presse dans le but d'analyser des images et le vocabulaire utilisés). Outre la compréhension des situations présentées, cela permet de nommer, de comprendre comment les images nous influencent, de distinguer ce qui est objectif/subjectif. Un complément audiovisuel est possible avec l’analyse d’un reportage TV (« la guerre à Calais »).


         

 

A partir des nombreuses unes disponibles (dont seules trois sont présentées ici), il est possible :

1°) D'identifier la question d’actualité faisant la Une des journaux en septembre/octobre 2015 et de conduire une recherche préalable sur les causes de départ ainsi que sur les régions de départ et d’arrivée, sur les conséquences de ces mouvements...

2°) D'expliciter et d'analyser le vocabulaire employé : comment les unes des journaux sont-elles rédigées? Quel est le but recherché par chacun des rédacteurs ? etc.

3°) D'analyser l’image : la confrontation des Unes permet de solliciter la dimension sensible, d'interroger l'image qu'elles donnent de la situation et de réfléchir à la notion d'objectivité et d'angle journalistisque.

4°) De montrer que la presse en France est pluraliste et d'interroger son rôle dans la formation des avis des citoyens.

 

 

 

En classe de 3ème : Connaître les grands principes qui régissent la défense nationale à travers la surveillance des frontières européennes par la Marine nationale.

 

  • Objectifs :

 

 

 

- Comprendre le rôle de la défense nationale et  montrer comment la France agit dans le cadre d’engagements européens et internationaux (Frontex ici).

- Etude d’un dilemme moral  (secourir les migrants, les protéger mais aussi les enregistrer et selon les cas leur refuser l’entrée).

- Travailler plusieurs compétences du socle commun : compréhension du sens du droit et la loi ; connaître quelques règles du fonctionnement de l’Union européenne ; identifier les grandes problématiques mondiales.

 

  • Démarche : Étude de cas : « la surveillance des flux de migration en Méditerranée par la Marine nationale ».


- Etude d’une mission de sauvetage du Commandant Bouan en septembre 2015. (► à partir du site internet de la Marine nationale)

- Reportage France info « la lutte contre les passeurs en Méditerranée »(►)

- Reportage France info « Lampedusa au cœur du hotspot qui accueille les réfugiés » (►)

 

L'étude de cette situation permet de faire comprendre aux élèves que les missions de la Défense nationale sont diverses (ici : secourir, contrôler, interdire), respectueuses de l'état de droit (droit d'asile...) et inscrites dans une coopération internationale dont les contours sont précisés. Elle invite aussi à distinguer migrations économiques et politiques.