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La tolérance est-elle un risque pour la démocratie ? (Tales)

En classe de terminale, les élèves sont invités à réfléchir sur le principe de laïcité et la prise en compte du pluralisme des croyances dans une démocratie. L'objectif de la séquence proposée est d'approfondir la compréhension du principe de laïcité et de le distinguer du principe de tolérance.

 

 

Etape 1 : Installer la problématique

 

Le point de départ de la réflexion repose sur une situation exposée dans l'émission « Philosophie » du 7 juin 2015 diffusée sur Arte (émission de R. Enthoven, avec pour invité Marc – Antoine Dilhac) :

"1977, Illinois, dans la banlieue de Chicago :

Un parti néo-nazi, le NSPA, ayant pour chef Frank Collin, réclame le droit de défiler, au nom de la liberté d’expression, alors que la municipalité de Skokie a interdit le défilé de ce groupuscule, au motif que cela aurait heurté des habitants, survivants de l’Holocauste. La ville a en effet la particularité d'avoir sur 70 000 habitants 48000 Juifs ayant fui les persécutions de la 2de guerre mondiale. Le NSPA va alors se pourvoir en justice pour faire valoir ses droits, au nom de la liberté d'expression."

Skokie: Invaded But Not Conquered (2013)

A partir de cette séquence vidéo, il s’agit de demander aux élèves quels sont les paradoxes soulevés par cette situation, et de faire émerger les questions qui se posent autour de la notion de tolérance.

Le paradoxe central du cours est que les ennemis de la démocratie utilisent les outils de la démocratie pour lui porter atteinte. Autrement dit, les ennemis de la liberté utilisent la liberté pour la menacer. Faut-il alors interdire ? Mais si on interdit des opinions de se manifester, est-on encore dans un pays libre ?

D’un côté, la tolérance est nécessaire pour préserver le pluralisme et lutter contre l’uniformisation et les stéréotypes. Et si l'on pose des limites, celles-ci risquent d’être arbitraires, conservatrices ; cela revient à autoriser la censure.

Mais d’un autre côté, si on ne pose aucune limite à la tolérance, alors les ennemis de la tolérance auront le champ libre... Pourront alors s'exprimer les partisans de régimes liberticides et ne manqueront pas de se manifester des appels à la haine et à la discrimination.

Que faire ?

Une fois que l'on s'est assuré que les élèves ont bien pris la mesure de l'enjeu, on peut passer à l'étape suivante : un débat argumenté.

 

Etape 2 : le « colloque des philosophes »

La méthodologie est ici inspirée des travaux de Nicole Grataloup.

(Nicole Grataloup est professeur de philosophie, actuellement retraitée, responsable du secteur philosophie du GFEN depuis 1989, a publié de nombreux articles et participé à des ouvrages collectifs sur l'enseignement de la philosophie et sa didactique.)

Le principe est de faire débattre les élèves, non à partir de positions personnelles, mais à partir de textes philosophiques. Ils se trouvent ainsi dans l'obligation de se décentrer.

Les élèves sont répartis en groupes de quatre ou cinq, qui reçoivent chacun le texte d’un auteur. Les textes représentent une position différente sur le même thème (ici, la question de savoir si oui ou non il faut limiter la liberté d’expression).

Après avoir lu et étudié leur texte, les élèves doivent représenter l’auteur dans un « colloque » les réunissant pour débattre du problème posé.

Le "colloque des philosophes" se déroule ainsi :

A – phase de préparation

Les élèves travaillent leur texte ; le professeur n’intervient qu’à leur demande pour les guider et résoudre les éventuelles difficultés de compréhension.

B – phase de débat

C – phase de reprise synthétique

  • Les auteurs posent-ils le problème de la même façon ?
  • Quels concepts mobilisent-ils ?
  • S’ils utilisent les mêmes termes, leur donnent-ils le même sens ?
  • Quels sont les présupposés de leurs conceptions ?

(notamment quant à leur conception de l’homme)

 

Exemples de textes retenus pour ce "colloque" :

Texte A :

« Si tous les hommes moins un partageaient la même opinion, et si un seul d’entre eux était de l’opinion contraire, la totalité des hommes ne serait pas plus justifiée à imposer le silence à cette personne, qu’elle-même ne serait justifiée à imposer le silence à l’humanité si elle en avait le pouvoir. Si une opinion n’était qu’une possession personnelle, sans valeur pour d’autres que son possesseur, et si le fait d’être gêné dans la jouissance de cette opinion constituait simplement un dommage privé, il y aurait une certaine différence, suivant que le dommage serait infligé seulement à peu ou beaucoup de personnes. Mais le mal particulier qui consiste à réduire une opinion au silence revient à voler le genre humain : aussi bien la postérité que la génération présente, et ceux qui divergent de cette opinion encore plus que ces détenteurs. Si l’opinion est juste, ils sont privés de l’opportunité d’échanger l’erreur contre la vérité ; si elle est fausse, ils perdent un avantage presque aussi grand : celui de la perception plus claire et de l’impression plus vive de la vérité, que produit sa confrontation avec l’erreur. »

Stuart MillDe la liberté (1859)

 

Texte B :

 "La liberté des opinions ne peut être sans limites. Je vois qu'on la revendique comme un droit tantôt pour une propagande, tantôt pour une autre. Or, on comprend pourtant bien qu'il n'y a pas de droit sans limites ; cela n'est pas possible, à moins que l'on ne se place dans l'état de liberté et de guerre, où l'on peut bien dire que l'on se donne tous les droits, mais où, aussi, l'on ne possède que ceux que l'on peut maintenir par sa propre force. Mais dès que l'on fait société avec d'autres, les droits des uns et des autres forment un système équilibré ; il n'est pas dit du tout que tous auront tous les droits possibles; il est dit seulement que tous auront les mêmes droits ; et c'est cette égalité des droits qui est sans doute la forme de la justice ; car les circonstances ne permettent jamais d'établir un droit tout à fait sans restriction ; par exemple il n'est pas dit qu'on ne barrera pas une rue dans l'intérêt commun ; la justice exige seulement que la rue soit barrée aux mêmes conditions pour tout le monde. Donc je conçois bien que l'on revendique comme citoyen, et avec toute l'énergie que l'on voudra y mettre, un droit dont on voit que les autres citoyens ont la jouissance. Mais vouloir un droit sans limites, cela sonne mal."

AlainPropos d'un Normand n°1794, 1911, rééd. Propos sur les pouvoirs (Gallimard, Folio-Essais), VII, I, pp. 287-288.
 

 

Les élèves mènent des recherches qui leur permettent de mieux comprendre et d'éclairer les textes retenus. On pourrait par exemple leur demander :

  • A quel courant de pensée appartient ce philosophe ?
  • Quelle est la thèse défendue par cet auteur ?
  • Quel est le lien avec la question du débat ?
  • Quels arguments faudra-t-il être capable de mobiliser ?
  • Quelles objections les autres pourraient-ils adresser ?

 

 

Etape 3 : Retour à la question initiale

 

Après la tenue du débat, la classe revient sur la question initiale : "la tolérance est-elle un risque pour la démocratie ?"

 

Il apparaît que le problème fondamental est finalement de faire coexister dans l’espace public des opinions extrêmement diverses. Cette diversité est à la fois une chance et un risque et les sociétés démocratiques sont toutes confrontées à cette question.

Si le problème est commun, les solutions retenues diffèrent selon les pays. Il ressort de la confrontation des textes de Stuart Mill et d'Alain deux conceptions distinctes :

  • une conception anglo-saxonne : la logique de tolérance
  • une conception française : la laïcité

 

La laïcité est la façon dont la société française s’est emparée de cette question. Mais comment la définir ? Quels aspects la distinguent du régime de tolérance anglo-saxon ? Comment s'est-elle construite ? La laïcité telle qu'elle est mise en place à l'Ecole est-elle la même que celle qui régit l'espace public en général ?

Pour répondre à ces questions, les élèves sont invités à rendre une production de type TPE.

 

Etape 4 : La production type TPE.

 

(Remarque : l’établissement organise une exposition sur le thème de la laïcité prévue pour le mois de mars ; cette dernière étape a donc pour but d’exposer, sous forme de panneaux, le résultat du travail des élèves et de pouvoir le partager avec les autres classes. Cette modalité, bien que non obligatoire, offre de réelles opportunités : elle oriente les énergies et accroît l'investissement des élèves par exemple)

 

Groupe 1 : la définition de la laïcité Groupe 2 : laïcité et tolérance Groupe 3 : l'histoire de la laïcité Groupe 4 : la laïcité scolaire

Travail autour des 3 valeurs qui définissent la laïcité:

- La liberté de conscience

- L'égalité en droit

- La neutralité du pouvoir politique


(+ mise au point sur les textes de lois fondateurs)

Travail sur la Lettre sur la tolérance de John Locke (sélection d’extraits)

La séparation de la sphère privée et de la sphère publique, des Eglises et de l’Etat

Le cas particulier de l’athéisme

Récapitulatif des différences majeures entre tolérance et laïcité

Constituer une frise des grandes étapes (Révolution française, IIIe République, période actuelle),

mais aussi les grandes figures
(Condorcet, Jules Ferry…).

Pourquoi l’école est-elle un enjeu central dans la pensée laïque?

- Condorcet (extraits des Cinq mémoires sur l’instruction publique)

- C. Kintzler : en quoi l’école n’est-elle pas un espace public comme les autres ?

- La Charte de la laïcité à l’école : pourquoi une charte spécifique ?

(Remarque : plusieurs élèves préparent le concours Sciences Po, et le thème de l’école fait partie des questions contemporaines en cette année 2015-2016)