Aller au contenu. | Aller à la navigation


Outils personnels

This is SunRain Plone Theme
Vous êtes ici : Accueil / S'informer / Les valeurs de la République / L'égalité / Quelques enjeux liés à l'égalité

Quelques enjeux liés à l'égalité

Remarque : Les termes en gras renvoient à des entrées du tableau, qui a vocation à apporter des précisions sur les notions techniques mises en jeu par une réflexion sur l’égalité.

Vous trouverez également un corpus de textes des auteurs mentionnés dans ces deux documents, afin que vous puissiez approfondir votre réflexion et disposer de ressources à travailler avec vos élèves.

 

1 – L’égalité juridique, condition de la liberté

Pour être libres, il faut l’égalité de tous devant la loi. Cette égalité s’oppose à l’idée de privilèges, et attribue des droits identiques à des individus dans les faits tous différents (origine, naissance, santé, fortune…).

  • Donc légalité n’est pas l’identité (et par voie de conséquence, vouloir l’égalité, ce n’est pas vouloir l’uniformité).

Cette égalité des droits fonde les libertés fondamentales, et donc les droits de l’homme.

(refus des discriminations => égale dignité de chaque sujet de droit) / (refus de l’esclavage => pour être libres, les hommes doivent dépendre des lois, non d’autres hommes)

Elle participe de notre culture démocratique (cf. principe de l’élection => un citoyen = une voix).

 

2 – De l’égalité juridique à l’égalité sociale

Dans le contexte de la Révolution industrielle et de la prise en compte de la condition ouvrière, certains considèrent pourtant qu’on ne peut en rester là et qu’il faut tenir compte de la réalité des situations.

  • L’égalité juridique seule risque de rester bien abstraite et purement formelle, si on ne corrige pas l’inégalité des conditions (si on me donne la liberté mais que je meurs de faim, puis-je vraiment me considérer comme un sujet de droit ?). Et ce d’autant plus que de telles inégalités peuvent se transformer en moyen de domination des plus riches sur les plus pauvres ( voir notamment les analyses de Marx à ce sujet).

Aux droits politiques s’ajoutent alors des droits sociaux ; aux droits libertés (qui sont des droits de… comme le droit de s’exprimer, de circuler, de voter) s’ajoutent des droits-créances (qui sont des droits à… comme le droit à la santé, au repos, à l’instruction…).  Notre système politique et juridique, en tentant de concilier ces deux types de droits, peut se heurter à des difficultés, notamment dans le cadre de courants de pensée clairement distincts :

Selon les tenants d’une démocratie sociale, l’Etat doit intervenir pour lutter contre ces inégalités sociales, et mettre en place des politiques de redistribution des richesses.

Selon le libéralisme politique, mieux vaudrait s’en tenir à l’égalité juridique.  Vouloir instaurer une égalité sociale reviendrait en effet à promouvoir l’intervention de l’Etat dans la sphère privée, ce qui pourrait menacer les libertés fondamentales.

 

 

3 – Les possibles dérives de l’égalité

Parmi les penseurs libéraux, Tocqueville tient une place éminente en nous mettant en garde contre la « passion de l’égalité » qui anime les individus démocratiques et qui pourrait bien conduire à la perte de la liberté (plutôt être tous égaux dans la servitude, qu’inégaux dans la liberté ; plutôt en avoir moins, si cela me garantit que l’autre, au moins, n’en aura pas plus que moi). Il ne faut pas méconnaître ce que le désir d’égalité peut devoir à la jalousie…(De la démocratie en Amérique – voir corpus)

Condorcet nous a également mis en garde contre un « amour de l’égalité bien funeste », qui nivellerait le niveau de tous par le bas plutôt que de permettre à certains d’exceller dans le développement de leurs talents. (Mémoires sur l’instruction publique – voir corpus)

  • Si on est incapable de reconnaître les efforts inégaux des uns et des autres, et qu’on récompense le paresseux autant que le courageux, alors c’est l’égalité elle-même qui devient injuste.  

 

4 – Si vouloir l’égalité à tout prix est liberticide, certaines inégalités doivent être acceptées ; mais alors lesquelles, et à quelles conditions ?

Si on ne peut appliquer dans tous les domaines une égalité arithmétique, qui donne à chacun la même part, il faut alors concevoir une égalité proportionnelle, qui donnera à chacun ce qui convient, selon ses besoins et ses mérites. Mais se pose alors une nouvelle difficulté : comment estimera-t-on ces besoins et ces mérites ? Et comment s’assurer que ceux qui réussissent ne sont pas ceux qui étaient déjà les plus avantagés au départ ? (ce qui rend nécessaire une réflexion sur l’égalité des chances).

 

Conclusion – Liberté, égalité, fraternité

Il est donc essentiel de garder l'égalité en tension avec deux autres valeurs de la République que sont la liberté et la fraternité.

  • La liberté sans l’égalité et la fraternité, c’est la course à tous les égoïsmes
  • L’égalité sans la liberté, c’est le nivellement par le bas et la tyrannie de la majorité

Se battre pour l’égalité, c’est travailler à établir un difficile équilibre entre identité et différence (l’identité des sujets de droit va de pair avec la différence d’individus tous absolument singuliers et insubstituables les uns aux autres, comme l’analyse Catherine Kintzler – voir corpus), équilibre également entre respect des libertés fondamentales et justice sociale.

Voilà en quoi la fraternité ne doit pas être oubliée, car comme le dit A. Bidar, il s’agit de se rassembler sans pour autant se ressembler :

« Si l’on ne veut pas que s’installe la guerre des libertés et le conflit des égaux, il faut nécessairement qu’ils aient appris d’abord à se considérer comme frères. Il faut qu’ils aient été éduqués à se soucier de la liberté et de l’égalité de l’autre, et de ce souci pour autrui, seul un frère est pleinement capable ».

                                                               Abdenour Bidar, Plaidoyer pour la fraternité (voir corpus)